Le goût pour l’excellence et la recherche de la perfection sont légitimes dans un monde dénaturé et chaotique, dans lequel il est normal d’aspirer aux choses les plus agréables, voire se rapprocher de ce qu’il y a de meilleur. Cependant, lorsque nous plaçons cette aspiration au milieu de notre culte chrétien, nous devons être extrêmement prudents, et c’est la raison de ce partage avec vous aujourd’hui.

Christ, la seule perfection

La course vers l’excellence, œuvre et résultat de l’effort humain, peut faire oublier la véritable course vers la perfection, qui est le résultat exclusif de l’œuvre de Christ en nous. Elle peut même finir par la supplanter. L’excellence est l’illusion de la perfection selon la chair. Elle se séduit par la pensée que Dieu étant parfait, nous devons Lui offrir le meilleur de nous-mêmes. Cela pourrait sembler juste, mais c’est sans discerner que ce meilleur porte souvent l’empreinte et l’odeur de l’orgueil de l’homme. Le meilleur de nous n’est malheureusement qu’un produit, dont les racines se nourrissent de notre nature de péché. C’est pourquoi il a, lui aussi, été crucifié autant que le pire de nous-mêmes. Le meilleur, que nous devons offrir à Dieu, nous a déjà été donné par Dieu Lui-même : il s’agit de la vie de Son Fils, que nous manifestons lorsque Sa mort agit en nous (2Corinthiens 4.10-12). La vie chrétienne se résume à ceci: « Christ en nous, l’espérance de la gloire ! » (Colossiens 1.27), ou encore dans Galates 2.20 « J’ai été crucifié avec Christ ; et si je vis, ce n’est plus moi qui vis, c’est Christ qui vit en moi. » Dieu réclame donc le meilleur de nous (Romains 7.18), sous les clous de La Croix, car même notre meilleur ne saurait participer à la perfection en Christ. C’est pourquoi, la croix de Christ nous invite à nous dépouiller de la chair et même de sa prétendue excellence, pour revêtir la véritable excellence qui est la perfection même, c’est-à-dire la vie de Christ manifestée à travers nous.

Le talent doit être émondé pour être utile à l’Esprit

Cela ne signifie pas pour autant que nous devrions dénigrer le talent, au contraire. Le talent exprimé d’un cœur pur, purifié de toute mondanité, est une grande bénédiction pour ceux qui l’ont soumis à l’Esprit et d’une merveilleuse inspiration pour ceux qui en bénéficient. Mais, le même talent provenant d’une vie charnelle accomplit une œuvre ennemie de la croix, car elle promeut les capacités de la chair au lieu de témoigner de sa mort. Le talent charnel pourrait faire pour l’homme ce que Lucifer a voulu accomplir pour lui-même, c’est-à-dire prendre la place de Dieu en s’asseyant sur Son Trône. C’est ainsi que le talent de l’excellent musicien peut lui construire un trône sur lequel il peut finir par se faire adorer. Ainsi l’adorateur devient subtilement l’adoré. Ô qu’il est dangereux de se trouver à cette place qui n’appartient qu’à Dieu seul! C’est pourquoi, le talent devrait se revêtir de simplicité. Il pourra ainsi exprimer l’adoration montant de la profondeur du cœur, sans distraire le regard et l’écoute des assistants en les attirant vers lui.

Un mauvais maître, mais un bon serviteur

Le talent est, tout comme l’argent, un mauvais maître mais un bon serviteur. Il doit demeurer à sa place en étant maîtrisé et dirigé par le cœur pur et simple de l’adorateur. Le but du talent devrait être une plus grande aise pour exprimer clairement les soupirs du cœur, sans débordements, qui au mieux, provoquent l’isolation de l’artiste dans son univers musical impénétrable, et au pire, font de lui une source d’inspiration émotionnelle et charnelle. L’adoration chrétienne n’a-t-elle pas pour vocation d’unir les cœurs devant le Trône de Dieu ? Malheureusement, l’excellence du musicien, au lieu de susciter l’adoration de Dieu, peut provoquer l’admiration de l’homme.

En conclusion, il n’y a pas de mal à se perfectionner musicalement, mais il est malséant dans le culte chrétien, de se lancer dans la performance et la démonstration de talent, faisant du culte destiné à la gloire de Dieu, un concert à la gloire de l’homme.

Prenons donc garde à l’excellence et au perfectionnisme qui pourraient produire des fans devant des idoles, au lieu de vrais chrétiens devant le Dieu vivant unique !