S’il y a un jeu qui s’avère dangereux pour les enfants, c’est bien le jeu de l’égo. Je vous laisse juger.  Il s’agit d’un jeu de construction avec lequel un enfant livré à lui-même, s’amuse à tout construire lui-même, à tout décider lui-même, ce qu’il doit porter comme habit, ce qu’il veut manger, ceux à qui il doit dire bonjour, ses moments pour être poli, ses moments pour faire ses caprices. Il s’agit donc d’un jeu moderne, qui consiste à reconnaître qu’un enfant a déjà tous les petits cubes de construction de sa vie en sa possession et, que c’est à lui de décider, comment il mettra tout cela en place.

Attention! Le jeu est interdit aux parents. Un numéro vert est mis à la disposition de l’enfant, si ses parents s’en mêlent.

            L’enfant doit tout apprendre lui-même, sans aucune correction, sans aucune réprimande et surtout sans aucune sévérité car ses petits cubes sont tellement fragiles, qu’ils s’abîmeraient. C’est à force de faire des erreurs qu’il apprendra, si on peut appeler cela des erreurs, car de toute façon, dans le jeu de l’égo, l’erreur est permise, car elle est humaine, il ne faut donc pas la sanctionner. Et lorsque l’enfant vient nous montrer ce qu’il appelle un camion, alors que ça n’a même pas de roues, on lui dit  » C’est bien, mon chéri !  » Il ne faut surtout pas lui dire qu’il faudrait penser à rajouter des roues, ce serait le frustrer, écorcher un trait important de sa personnalité qu’on appelle la créativité, mais c’est sans compter sur sa réactivité. Là encore, n’oublions pas le numéro vert, mieux encore, le numéro feu vert, qui autorise à faire feu sur des parents trop envahissants.

Un des avantages du jeu de l’égo, c’est qu’il est gratuit. Il ne coûte rien aux parents. C’est un JE qui peut durer longtemps. Avec lui on naît, on est et on meurt. C’est le JE de l’égo, un JE qui laisse la nature faire son chemin, la nature du péché. Un JE qui n’apprend pas les grandes valeurs de l’obéissance et de la soumission, mais qui exclue ces grands voleurs de liberté. C’est un JE qui dresse un trône pour l’enfant et qui lui dit : « Assieds-toi où tu veux. » On connaît son choix. C’est donc le jeu de l’égo qui permet aux enfants qui grandissent avec lui, de construire le monde actuel, un monde dans lequel il est roi et tous les autres sont ses sujets. Mais les enfants se comptent par milliards, ce qui fera, au décompte final, beaucoup plus de rois que de sujets. Comment un tel royaume pourrait t-il subsister ?

Le jeu de l’égo permet à chaque enfant de saisir sa chance et de refuser ses malchances. S’il en a, il n’en sera jamais responsable car ce jeu apprend à ne pas assumer ses fautes, à ne pas s’en repentir. C’est toujours la faute aux autres. C’est tout de même là qu’est la faiblesse du JE et c’est aussi sa force : il permet la construction d’une tour dans laquelle le moi, ce roi qui n’a plus assez de sujets pour le défendre, trouve refuge et défie quiconque lui ferait un reproche. Finalement, le jeu de l’égo permet de construire aussi un autre jeu, c’est le jeu d’échec, échec scolaire, social, sentimental, familial. C’est le jeu d’échec, des chèques volés, des chèques blancs signés par des parents insouciants. C’est un jeu de calcul et de ruse, sans amour ni sentiments. On est là pour gagner fièrement et tant pis pour le perdant ! À la fin de la partie, on crie victoire, mais l’on oublie tout ceux qu’il a fallu sacrifier sur l’échiquier, pour ne garder souvent qu’un pauvre cheval que l’on ne peut monter et une pauvre tour qui n’abrite personne, sans compter que la reine est peut être morte. C’est, à la fin, un jeu qui fait souffrir de solitude, non pas celle qu’on subit injustement à cause des autres qui nous oublient, mais celle qu’on a construit nous-mêmes, avec nos petits cubes égoïstes, en rejetant et en oubliant les autres.

Ceux qui jouent, donc, au jeu de l’égo finissent souvent déprimés, drogués, alcooliques, suicidaires, car ce n’est pas un jeu de société, cela ne construit pas la sociabilité. C’est le jeu très ludique, qui prépare la prochaine génération, celle qui casse tout dans les rues, tous ces petits cubes de voitures et de commerce. Une génération qui ne comprend pas qu’on ne lui donne pas tout ce qu’elle veut et qui viole toutes celles qui se refusent à elle. Certains disent donc, que ce jeu commence à être dangereux, d’autres que de toute façon, il est trop tard. Le jeu a déjà été joué par trop d’enfants et trop de parents sont devenus impuissants pour le retirer de leurs mains. Dans tous les cas, les effets indésirables du JE sont tellement évidents dans la génération actuelle, qu’il serait temps de changer de jeu et de la prendre en main.

Pour nous, les chrétiens, nous ne pouvons laisser les ténèbres nous surprendre. Nous sommes de la lumière. Le jeu de l’égo n’est pas pour nos enfants. Enseignons-leur plutôt à considérer que la vie n’est pas un jeu et que son enjeu est le salut de leur âme. Enlevons donc du marché de la perdition, ce JE destiné à un funeste avenir et disons comme l’apôtre Paul : « Ce n’est plus moi qui vit, c’est Christ qui vit en moi. » Quelle délivrance que la fin du JE de l’égo ! Éduquons nos enfants pour qu’ils acceptent de s’en séparer. Et, pour cela, ils ont besoin de notre amour et non de notre laxisme, de notre aide et non de notre légalisme. Offrons-leur donc un autre je : je vis pour Dieu. Ils nous offriront, en retour, ce je tant réjouissant, mais trop longtemps absent : « Je t’aime maman,  je t’aime papa ! » ALLÉLUIA !